Nourriture des cochons par M.Lebrun

Publié le par Thierry

On sait que les pourceaux mangent ordinairement tout ce qu'on leur présente ; l'économie rurale met cette disposition à profit pour les nourrir des productions végétales particulières à chaque pays, et des débris que multiplient les circonstances. Par exemple, dans le voisinage des forêts, on donne aux porcs du gland et de la faîne ; dans celui d'une brasserie, d'une fabrique de sucre de betteraves, d'une amidonnerie, d'une huilerie, on leur donnera en petites portions les pains ou tourteaux des marcs de bière, de betteraves, colza, navette, graine de lin, chenevis, noix, amandes, etc.; les débris d'une fonderie de suif leur servent aussi de nourriture, ceux du jardinage leur conviennent parfaitement. Les propriétaires de vergers composent en partie leur mangeaille avec des fruits non mûrs ou pourris. Dans les départements de la Sarthe, de Maine-et-Loire, où les citrouilles abont. dent, on les nourrit avec ce légume. Dans la Haute-Auvergne, la même raison fait qu'on leur donne des châtaignes. Les habitants des Alpes les nourrissent de lait et de ses produits. Ceux dont les terres sont en prairies, envoient paître les porcs dans la tréflière (pièce de terre semée de trèfle), ou luzernière (pièce de terre semée de luzerne), quand les vaches et les chevaux les ont broutées; ces animaux mangent les restes de l'herbe qui seraient perdus sans eux, car ils ra- massent tout, ne donnent presque point de peine, et grâce à leur appétit, il n'est aucune chose qui n'ait son utilité.
Aux États-Unis, où la main-d'œuvre est si chère, on divise les champs de pommes de terre à quatre perches de distance du commencement; on met dans cette division les porcs et une auge pleine d'eau claire : ils fouillent avec leur boutoir, et ne laissent pas échapper le moindre tubercule. Ont-ils fini de labourer, on replace la division quatre autres perches en avant en avançant les porcs et leur auge ; on épargne ainsi les frais de récolte et ceux de la préparation des terres.
Toutes les céréales moulues, cuites, concassées, pures ou mélangées avec des racines conviennent parfaitement au porc, mais sa nourriture spéciale la plus économique et la plus profitable, est la pomme de terre. M. Thiébaut de Berneaud affirme, d'après son expérience personnelle, que vingt-cinq doubles décalitres de pommes de terre donnent cinquante kilogrammes de viande ou de graisse; il la considère ici comme un moyen d'engrais ; elle n'est pas moins bonne comme nourriture ordinaire, pour favoriser en même temps la croissance des porcs, les empêcher d'être voraces, les rafraîchir, et les disposer à l'engraissement en distendant leurs viscères. La manière de préparer la pomme de terre produit ces différents effets : pour nourrir les cochons, on la leur donne de deux façons : ou cuite et délayée avec des débris de jardinage, dans une grande quantité d'eau; ou crue, et coupée en tranches minces. Nous dirons plus tard comment on arrange les pommes de terre pour l'engrais : si l'on a beaucoup de porcs à élever, on pourra se servir pour diviser cette racine, d'une machine particulière.

Publié dans Culture de la cuisine

Commenter cet article