Castration des cochons par M.Lebrun

Publié le par Thierry

Les jeunes cochons ayant atteint trois mois, il faut faire un second choix. On -prendra parmi les mâles celui dont le corps est le plus long, les jambes les plus fortes, pour en faire un verrat; parmi les femelles, la plus grande, la mieux conformée sera mise à part pour devenir truie cochonnière : on choisira ceux que l'on veut conduire aux foires pour les vendre, et l'on fera chatrer tous les autres. Dans le midi de la France et dans les provinces où l'on a de belles races de porcs, on fera bien d'élever tous les cochonneaux, tandis qu'ailleurs il faudra s'en débarrasser, soit à l'âge de trois semaines, comme cochons de lait, soit à trois mois, comme cochons de foire.
La castration nuisant toujours un peu à l'accroissement de l'animal, les cochons coupés un peu tard sont plus gros que ceux que l'on châtre à quinze ou vingt jours, comme on est dans l'habitude de le faire ; mais la plaie est plus douloureuse et guérit plus difficilement. Quant aux jeunes truies, on les coupe à la mamelle à huit ou dix r jours. De toutes les femelles des animaux, c'est celle que l'on châtre le plus aisément : l'opération, chez elle, est suivie d'une prompte guérison. A trois, à six mois, même plus tard, on peut la lui faire subir, puisque nous savons qu'après avoir produit pendant plusieurs années, elle est coupée et mise à l'engrais ; il est vrai de dire que l'opération alors a moins de succès que dans la première jeunesse.
Les mâles se châtrent aussi avec assez de facilité; néanmoins il est plusieurs précautions à prendre : quand ce ne serait par intérêt, un reste de pitié pour ces malheureux animaux que l'on mutile si cruellement, doit engager les cultivateurs à tout faire au moins pour adoucir leur sort.
Choisissez un beau jour de soleil, un temps sec et tempéré, parce que l'humidité contribue à augmenter les douleurs du patient; que les grands froids peuvent lui occasionner l'inflammation du ventre, et que les chaleurs pourrait l'exposer à la gangrène. Il est important que l'animal soit gai, que la dentition ou les tranchées ne le tourmentent nullement; enfin, qu'aucune affection maladive, aucun malaise ne se joigne aux douleurs qu'il doit éprouver.
Il est encore non moins essentiel de le confier à l'artiste vétérinaire, et non à ces charlatans de profession, routiniers qui, par leur ignorance et leur dureté, agissent plus en bourreaux qu'en médecins. Enfin, il faut choisir le mode le moins cruel de castration; il y en a cinq différents : la castration par arrachement semble devoir être préférée.
Ainsi que tous les animaux mutilés, qui perdent les marques de leur force et de leur vigueur, le verrat est privé de ses crochets ou dents canines, appelées défenses; il prend alors spécialement le nom de cochon: son naturel ardent et féroce l'abandonne; il devient pesant, tranquille; sa gourmandise ordinaire s'accroît encore, dispositions favorables à engraisser, comme l'on voit.
Lorsqu'on châtre un verrat après qu'il a longtemps servi, l'opération demande de l'habileté et de la prudence : il faut bien s'assurer de l'animal, en le faisant tenir par les oreilles et par les pieds, autrement on pourrait courir des dangers.

Publié dans Culture de la cuisine

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