Sanglier ou porc sauvage par M.Lebrun

Publié le par Thierry

Le sanglier diffère du porc domestique par quelques caractères extérieurs, mais il lui ressemble par la conformation interne et même par les habitudes, à part l'influence qu'exerce l'état de domesticité chez le dernier.
La tête du sanglier est plus allongée que celle du porc ; la partie inférieure du chanfrein se montre plus arquée; les défenses sont plus grandes, les oreilles plus courtes et un peu plus arrondies.
Les soies, également plus courtes, sont plus implantées dans la chair; la queue, moins longue, demeure droite et ne se contourne jamais comme celle du porc. On voit entre les soies, selon les degrés de l'âge, une espèce de poil doux et frisé, jaunâtre, cendré ou noirâtre, ce qui fait que le pelage du sanglier ne paraît pas dur et plat comme celui du cochon. Même avant la naissance, dès que le poil commence à venir au fœtus, le sanglier est rayé de bandes longitudinales, alternant du fauve clair au fauve blanc, sur un fond blanc, brun et fauve ; le jeune sanglier, appelé marcassin, porte, pendant six mois, ce premier poil, que les chasseurs nomment la livrée. Adulte, le sanglier a le groin, les oreilles, le bas des jambes, la queue, entièrement noirs; sa tête est couverte d'un mélange jaune et blanc, et l'on y voit de temps en temps une teinte noirâtre ; les soies du dos sont serrées, courbées en arrière et d'un brun roux; une nuance blanchâtre paraît sur le ventre et les flancs. De trois à cinq ans, les sangliers ont les défenses fort tranchantes; après cet Age elles se courbent et coupent encore plus profondément; les chasseurs donnent alors à ces terribles animaux l'épithète de mirés.
Le sanglier se plaît dans les forêts humides et profondes, il y demeure pendant le jour couché dans les endroits marécageux; la place qu'il occupe se nomme bauge, et sert à le reconnaître, comme nous le verrons bientôt. Il sort le soir des bois, et va chercher sa nourriture dans les champs, les jardins voisins, et surtout les vergers et les vignes; il est omnivore comme le porc, comme lui, il est friand de fruits, de glands et de céréales; il aime à se vautrer dans les mares : c'est, en termes de chasseur, prendre le souil. Il fouille la terre avec son boutoir plus profondément que le porc, car les trous (nommés boutis) qu'il fait servent à donner aux chasseurs la juste mesure de sa tête ; il la fouille toujours en ligne droite, et jamais, comme le cochon, de côté et d'autre. Les sangliers crient peu ; mais lorsqu'ils sont surpris ou effrayés, ils soufflent avec violence; ils émigrent à la fin de l'automne, et il n'est pas rare alors de les voir traverser les fleuves et les grandes rivières à la nage.
L'époque du rut est ordinairement au mois de décembre : c'est un temps de combats furieux entre les mâles. La femelle, appelée laie, porte pendant quatre mois huit ou neuf petits, jpour lesquels elle montre beaucoup d'attachement. Les sangliers vivent de vingt-cinq à trente ans. De six mois à un an, les chasseurs les désignent sous le nom de bête rousse; entre un an et deux, la bête rousse devient bête de compagnie ; après deux ans, c'est un ragot ; à trois ans c'est un sanglier à son tiers an; à quatre ans, un quartanier ; plus vieux, c'est un porc entier; très-avancé en âge, le sanglier reçoit le nom de solitaire, et vieil ermite.
On reconnaît l'âge du sanglier par l'empreinte qu'il laisse sur sa bauge, son souil, qui représentent la grosseur de son corps ; les boutis, qui sont plus ou moins gros selon les années, annoncent aussi si l'animal est bête rousse, ragot, quartanier, etc. Les laissées ou fientes, plus ou moins grosses selon l'âge, servent aussi à le faire reconnaître.
Les traces des pas servent à distinguer le sexe de l'animal. Le sanglier a les pinces plus grosses, la sole, les gardes, le talon plus larges, les allures plus longues et plus assurées que la laie. Il pose las pieds de derrière en dedans ou en dehors à côté de la trace des pieds de devant, tandis que le porc pose toujours les pieds postérieurs derrière les traces de ceux de devant, et dans la même direction. Le temps le plus dangereux de la chasse au sanglier est lorsqu'il a trois, cinq ans, et quelques années de plus ; lorsqu'il est porc entier, il devient moins redoutable, parce que les défenses recourbées profondément ne sont plus si tranchantes, et ne peuvent agir aisément ; mais il arrive que les vieux sangliers, surtout quand ils ont été chassés, connaissant le besoin de ces armes naturelles, les rompent contre les arbres et les rochers pour les rendre aiguës.
Je donnerai peu de détails sur la chasse du sanglier, chasse onéreuse, qui nécessite un train dispendieux de chiens, de chevaux, et qui fait courir les plus grands dangers ; j'en expliquerai toutefois les divers modes, afin de ne rien laisser à désirer de tout ce qui se rapporte directement ou indirectement à l'animal qui nous occupe.
La manière la plus simple et la plus assurée de chasser le sanglier est la suivante. Quand on a reconnu ses traces dans un endroit, on s'y cache pendant la nuit, en l'attendant avec un fusil à deux coups bien chargé; puis, lorsque l'animal s'approche et mange paisiblement, on le charge à boufportant. On appelle cela chasser à l'affût. On peut l'attirer dans une clairière, en y jetant du gland quelques jours avant la nuit destinée à la chasse.
La seconde façon de chasser le sanglier consiste à le traquer. Pour cela, on entoure de toile une partie de la forêt dans laquelle on l'a reconnu.
Cette toile doit être tendue à une certaine distance de la bauge : on raccourcit cette enceinte peu à peu ; les tireurs s'approchent graduellement, et agissent dès qu'ils sont assez rapprochés du sanglier. Cette méthode sert à prendre des marcassins vivants.
La troisième manière, ou la chasse du sanglier proprement dite, est celle qui exige le plus de frais et entraîne le plus de danger. Il faut avoir une meute nombreuse de chiens dressés à coiffer le sanglier, c'est-à-dire à se précipiter hardiment sur sa tête, et à le retenir fortement par les oreilles, malgré les efforts indomptables de l'animal furieux, et ses terribles morsures, jusqu'à ce que les chasseurs l'achèvent avec un fusil à bout portant, ou avec un grand coutelas.
Les anciens faisaient une espèce de chasse aux jeunes sangliers, ils étaient dans l'usage de châtrer les marcassins qu'ils pouvaient enlever, et de les renvoyer ensuite dans les bois, où ces animaux acquéraient de la graisse et un goût exquis ; on les chassait ensuite avec d'autant plus de facilité, que, comme nous l'avons déjà vu, la castration produit la chute des défenses.
La hure est le morceau le plus estimé du sanglier : la cuisse, les côtes, le dos, sont bons aussi, pourvu que l'animal ne soit pas âgé, car autrement sa chair est dure, sèche, pesante. Les marcassins, les sangliers très-jeunes, sont un gibier très-délicat. On coupe les testicules aussitôt qu'il est tué ; sans cette précaution, toute la chair contracterait une odeur infecte, et l'on ne pourrait la manger.
Les sangliers se trouvent dans tontes les contrées tempérées de l'Europe et de l'Asie ; on n'en voit cependant ni en Angleterre, ni dans les pays au nord de la mer Baltique. Frédéric Ier, roi de Suède, les a introduits dans l'île d'OEland.

Commenter cet article