Cochon marron de la Guyane par M.Lebrun

Publié le par Thierry

On sait que les Nègres fugitifs reçoivent le titre de marron : les colons ont donné la même dénomination au cochon ordinaire transporté d'Europe en Amérique et devenu sauvage. Cet animal est fort nombreux dans la Guyane : il ressemble beaucoup au porc domestique, mais il a plus de hardiesse et de vivacité; sa taille est de 65 centimètres de hauteur et d'environ 85 centimètres de long; sa queue est singulière, car elle est plate, tombante, et représente à son extrémité la pointe d'une langue humaine. Ainsi que le pécari, il a vers les hanches une glande fistuleuse, remplie d'une liqueur odorante, dont la fureur, la crainte ou l'amour, excitent l'émission. Lorsqu'on a tué le cochon marron, il faut se hâter d'enlever cette glande, car son odeur désagréable infecterait toute la chair de l'animal. Cette chair est ferme, délicate, et, ce qui est très-précieux dans un climat brûlant, son saindoux a la propriété de rester figé malgré la chaleur. Ses soies sont d'un brun-noir, et sa peau est très rude. Les mœurs des cochons marrons sont remarquables : ils marchent par bandes de quatre à cinq cents. Un chef mâle est à la tête; il les conduit, donne le signal du départ, des haltes; il avertit sa troupe du danger, en faisant claquer ses dents ; les femelles et les petits sont placés aux derniers rangs. Ces animaux sont intrépides et redoutables; ils dévorent les chiens, se font craindre du tigre même, qui n'ose jamais attaquer que les traîneurs, et qui se hâte d'abandonner sa proie et de grimper sur un arbre quand il aperçoit la troupe. Quand un chasseur est hors de leur vue, il peut en tuer jusqu'à trente sans qu'ils songent à se retirer. Dans la saison des pluies, ils habitent les montagnes et se mettent en course immédiatement après les orages ; aussi les Indiens disent-ils que ces animaux craignent le tonnerre. Parvenus au bord des grands fleuves, ils nagent à l'ordre de leur chef, et c'est alors que les naturels du pays, montés sur leurs pirogues, les assomment aisément, sans se donner la peine de les sortir de l'eau, parce que le courant les dépose bientôt après sur le rivage. Quand les troupes de cochons marrons traversent quelque village, c'est une bonne fortune que l'on s'empresse de saisir. L'un des plus anciens historiens de la Guyane, le père Biet, raconte qu'en 1652 ces animaux vinrent à passer devant l'église pendant qu'il disait la messe ; aussitôt tous les assistants se précipitèrent sur leurs traces. Quoique courageux, le cochon marron s'apprivoise avec beaucoup de facilité, et même devient familier jusqu'à l'importunité. On aurait peu de peine à le soumettre à l'état domestique.

Publié dans Culture de la cuisine

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